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Marie-Antoinette ressuscitée

Marie-Antoinette ressuscitée

Le 16 mai 1770, à l’Opéra Royal de Versailles, un souper somptueux célébrait le mariage du futur Louis XVI avec l’archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette. Plus de deux siècles plus tard, ce même théâtre accueille un ballet sur la dernière reine de France.

Le spectacle, présenté de vendredi à dimanche par le Malandain Ballet Biarritz, commence justement par le festin de noces. « C’est vraiment la première chose qui s’est passé dans ce théâtre », affirme à l’AFP Thierry Malandain, directeur de la troupe et chorégraphe de « Marie-Antoinette ».

S’il trouve la situation « amusante », chorégraphier ce personnage historique à la fois captivant et complexe n’était pas une évidence.

« J’ai dit non au début car ça me semblait trop difficile; ce n’est pas un personnage qui a bonne presse chez nous », explique M. Malandain qui avait reçu cette commande de Laurent Brunner, directeur de Château de Versailles Spectacles.

En plus, « Marie-Antoinette peut être conçue comme un personnage de roman ou de film mais ce n’est pas vraiment un personnage de danse », ajoute le chorégraphe de 59 ans, qui s’est inspiré entre autres du roman biographique de Stefan Zweig.

Grande source d’inspiration pour le grand écran, celle qu’on surnommait « L’Autrichienne » ou « Madame Déficit » a eu une seconde vie au cinéma, de la « Marie-Antoinette » de W. S. Van Dyke avec Norma Shearer (1938) à celle de Sofia Coppola avec Kirsten Dunst (2006), en passant par le film de Jean Delannoy avec Michèle Morgan (1956).

Contournant les difficultés de traduire le politique en danse ou de la multitude des personnages, Thierry Malandain s’est laissé convaincre, car faire un ballet sur la plus célèbre reine de France à Versailles était une offre qu’il ne pouvait refuser.

En plus, « il y a une telle fascination hors de France, on a déjà plein de tournées à l’étranger », précise M. Malandain, également directeur du Centre chorégraphique national de Biarritz.

Vendredi, une vingtaine de spectateurs américains étaient venus spécialement pour assister au spectacle selon lui.

– Elève de Gluck et Noverre –

Les différentes facettes de Marie-Antoinette sont présentées en 14 tableaux où le chorégraphe a voulu dresser un portrait de la femme plutôt que de la reine au destin tragique: la frivole, avec ses courtisans ou avec des éventails symbolisant les tissus qu’on lui présentait chaque semaine pour choisir ses luxueuses toilettes, la maternelle avec son premier enfant, mais aussi la mélomane qui allait régulièrement à l’opéra.

Le dernier tableau évoque la Révolution qui gronde, avec le brouhaha de la foule en colère marchant sur Versailles qui se mêlent à la musique de cour.

Les pas s’inspirent de la danse baroque qui domine le XVIIIe siècle, avec une touche décalée tout comme les costumes signés sans extravagance de Véronique Murat.

La musique est de Haydn, un compositeur que Marie-Antoinette affectionnait particulièrement et notamment la symphonie N° 85 qui a fini par être baptisée « La Reine ».

Le ballet comporte également une partition de Gluck, qui était son professeur de musique à Vienne.

Marie-Antoinette est liée à un autre nom illustre des arts, Jean-Georges Noverre, théoricien du ballet d’action, c’est-à-dire dramatique, qui a été son professeur de danse à Vienne et qu’elle nomme maître des ballets de l’Opéra.

Le spectacle est pour Thierry Malandain l’occasion de rappeler que la danse, à l’époque de l’Ancien Régime, a été élevée au rang d’art suprême – « les hommes devaient savoir faire trois choses, monter à cheval, se battre à l’épée et… danser », affirme M. Malandain.

2019 marque le 350e anniversaire de l’Opéra de Paris qui originellement s’appelait l’Académie royale de musique de Paris, créée par Louis XIV en 1669.

Quelques années plus tôt, l’Académie royale de danse codifiera la danse classique et c’est la raison pour laquelle le langage chorégraphique du ballet classique jusqu’à aujourd’hui est en français, avec ses « jetés », « retirés » et « déboulés »…

« Tout comme l’Académie française qui se réunit chaque année pour introduire de nouveaux mots, la danse classique n’a cessé d’évoluer depuis Louis XIV », affirme M. Malandain.

« C’est aussi important à préserver que notre langue », souligne-t-il.

Olivier

30 mars 2019

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